Les 10 mots de la langue Française

Chaque année, 10 mots sont mis à l’honneur à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie.
Chaque année, l’équipe d’Anagramme planche, fouine, et enfin débusque une idée ; l’idée qui aura le plus de cachet et qui vous fera, telle une friandise convoitée, fondre de plaisir.
10 mots qui nous protègent de la monotonie et nous obligent à toujours nous renouveler quitte à provoquer des coups de gueule, mais aussi, le plus souvent, des coups de foudre.

"Dis-moi dix mots sur la toile..." Le programme 2017 !

A l’occasion de la semaine de la Langue française et de la francophonie, « Dis-moi dix mots » est de retour !

Cette année, les dix mots sont issus des nouvelles technologies :

Avatar, Canular, Émoticône, Favori, Fureteur, Héberger, Nomade, Nuage, Pirate, Télésnober

Retrouvez les mots et leurs définitions sur : www.dismoidixmots.culture.fr

Anagramme vous propose son programme pour mettre ces mots à l’honneur !

Programme 2017 :

  • Lecture "Tea Time" à la libraire OMerveilles le 18 mars avec Marie Despessailles et Daniel Bourgne. Plus d’infos ici
  • Stage d’écriture poétique avec Marie-Hélène Estéoule-Exel le 22 mars. Plus d’infos ici
  • Publication d’un recueil avec les textes sélectionnés au concours.
  • Lecture des textes sélectionnés en librairies...mais surtout sur les ondes radio !

Belle aventure sur la toile...!

Concours d’écriture pour "Dis-moi dix mots" : place aux textes sélectionnés !

Vous avez été nombreux à nous envoyer vos textes et Anagramme vous en remercie. Nous avons le plaisir de vous présenter les textes sélectionnés par le jury du concours !

Catégorie adultes :

  • Si j’étais

Si j’étais nuage
Jusque chez toi
Par le vent
Je me laisserais pousser
Et par la fenêtre
Dans ta chambre
Je rentrerais
Si j’étais pirate
Jusque chez toi
Par les flots
Je me laisserais porter
Et par la cave inondée
Dans ta maison
Je rentrerais
Si j’étais nomade
Jusque chez toi
Par les étoiles
Je me laisserais guider
Je frapperais à ta porte
Pour une nuit
M’hébergerais-tu ?
Sinon
Allongé sous un pont de Paris
Je regarderais passer les bateaux-mouches
Chargés de touristes à la vue étroite 
Et je te télésnoberais

Michel Betting

  • Bleu

A quel moment me suis-je sentie submergée ?

J’avais envie de toi, de toi et plus que ça
De quelque chose que tu ne donnes pas
Qui te dépasses, et qui t’effraie.

Je n’avais pas de rancoeur.
J’avais du vague à l’âme,
Un spleen très romantique, évanescent,
Un léger nuage sur le coeur.

Parce que je savais. Tu pouvais faire beaucoup mieux
Au premier regard, j’ai compris.

Alors tu as cherché à me télésnober
Et alors.

Je n’ai jamais craint la rivalité d’un smartphone,
Même accompli. Même gavé de mainte application sexy
Quand la navigation est lisse comme le grain de peau d’une jeune fille
Douce comme ses cheveux, et, miracle
Ses courbes harmonieuses sont faites pour tes mains.
Tu fais glisser tes doigts sur lui comme sur elle
C’est sensuel, charnel, tactile. Bien sûr.
Comme ses cuisses gracieuses pressant ton ventre chaud.

Tu te croyais perdu, et te pensais nomade,
Tu étais connecté, tu pensais maîtriser.
Te voilà devenu un être éveillé
De jour, comme durant tes nuits agitées
Son poumon métallique dans le creux de ta main.

Tu voudrais serrer, serrer pour la retenir
Pour n’être vu que par elle et te
Fondre, dans son corps désincarné
T’imprimer pour le faire vibrer,
Comme un pirate échoué
A l’assaut d’un nouveau navire,
Une terre à dérober,
Cette femme qui pourrait t’héberger.

Tu navigues depuis si longtemps
A vue, à perte.
Tu surfes sur l’amour,
Tu échoues.

Si tu n’avais pas peur pourtant
Si tu n’avais pas froid, crois-moi
Crois-moi.
Ces contrées inavouées, je te les offrirai
Et plus encore. Plus encore.

Tu sais, j’avais baissé les armes.
Je savais ce que tu voulais.
Le désir n’était plus audible. Il jaillissait comme jaillit
La vérité d’un coeur conquis
Evidemment, c’est fulgurant
Une déferlante.

Je sentais tellement de possibles.
Avant.

Car il y a eu
Ta peur.

Peut-être étais-je présomptueuse
Déraisonnée, complètement buggée.

L’armure déposée à tes pieds
Accueillie mon corps exténué, piétiné.

Et ce fût, l’écran bleu.

Ludivine Raimondo

  • Le grondement du ciel

Terré dans l’anfractuosité du rocher, Petit-Pierre, comme l’appelle sa famille, compte les secondes qui séparent les éclairs de chaque coup de tonnerre, il les multiplie par 300 mètres pour calculer l’approche de la foudre. Elle fait déjà craquer les hautes branches des pins, qui s’égrènent derrière lui sur les pentes de la falaise surplombant la plage. Les goélands et cormorans ont fui dès que l’air s’est chargé d’électricité et que la houle a dressé ses arêtes vives pour dresser un barrage contre la fureur du ciel.
Le jeune garçon avait rejoint son terrain de jeu habituel sur les rochers, à l’écart des plages de la station balnéaire. Là, quelques planches d’une barque abandonnée, recouvertes par le tapis luxuriant des algues rouges, prennent des allures de bateau de pirate. Il aimait y rêver qu’un nuage l’emmenait dans un périple nomade au-delà de la courbe de la terre, il affrontait à grands coups de sabre en bois le capitaine Crochet et son terrible moignon.

Mais aujourd’hui, Petit-Pierre ne peut y trouver refuge, les vagues bousculent l’esquif et menacent de l’engloutir. Il sait qu’il ne doit pas rester sous un arbre et il s’est précipité vers les trous de la falaise crayeuse, bien que ses parents lui aient interdit de s’approcher de la roche friable. Il se racornit dans son abri au fur et à mesure des avancées de l’orage. Il tremble autant de peur que de froid. L’obscurité de la grotte résonne de minuscules cris, il n’ose imaginer les créatures fantastiques qu’elle héberge, qui viendront grignoter ses oreilles, tirer ses doigts de pied, piquer sa peau tendre.
Il surveille les grondements qui se rapprochent. Ils ne laissent plus de répit, les parois vibrent et résonnent tout autour de lui. Petit-Pierre ne peut se résigner à attendre que les éléments cessent de se déchaîner, il a froid, il a faim, l’arrivée de la nuit s’accélère sous les sombres nuées et il ne pourra bientôt plus retrouver son chemin.
Il a envoyé désespérément de multiples messages à son grand frère. Il s’étonne de ne pas avoir de réponses. Il sait qu’il est scotché sans cesse sur son ordinateur, il a à peine avalé son repas qu’il se rue sur son clavier. Ses parents, absorbés par leur travail, harassés en fin de journée, ont abandonné leurs reproches, rassurés de ne pas le voir traîner avec des copains plus ou moins recommandables. Ceux-ci ont vite compris qu’il les télé snobait et se sont lassés de l’attendre pour les accompagner dans leurs virées.

Petit-Pierre, penché sur son portable, sursaute au son d’un craquement plus fort que les autres, il voit avec horreur des pierres tomber de la falaise qui l’abrite. Plus de temps à perdre, son frère ne viendra pas à son secours. Il remonte son sweat sur sa tête et s’élance vers le chemin creusé dans les dunes. Ses pieds volent, il ne sent pas les galets disséminés dans le sentier, poussé par l’urgence.
Soudain, il trébuche dans un trou, la douleur l’abat, il tombe sur le dos. Un bruit de fin du monde éclate au-dessus de lui, le tronc d’un arbre se sépare en deux, sous l’impact de la foudre. Comme une gigantesque poutre, une branche s’abat près de lui. Il amorce un mouvement pour éviter sa chute mais son bras reste coincé, ses doigts sont écrasés. Il doit s’éloigner s’il ne veut pas recevoir d’autres branches, mais il ne peut plus bouger. Il ferme les yeux, il est trop faible, il est trop petit, Petit-Pierre.

Son frère a enlevé ses écouteurs pour saisir une canette, la sonnerie de son téléphone emplit sa chambre. Nonchalamment il écoute le message de Petit-Pierre. Quand il comprend son appel au secours, il se précipite et arpente de ses longues jambes le chemin des dunes. Plein d’appréhension, il voit le spectacle de désolation laissé par l’orage dantesque.
Le sweat de Petit-Pierre est étalé comme une flaque claire parmi les branchages étalés. Son frère ne sait pas si c’est le vent qui le remue. Il a la gorge si serrée qu’il s’étrangle pour l’appeler. Un gémissement lui répond. Avec précaution, il commence à dégager le frêle enfant et l’entoure de ses bras, l’enveloppe de son souffle. Il donnerait sa vie pour le sauver.

Petit-Pierre est convalescent. A la place de son bras, le chirurgien a posé une prothèse en forme de crochet. Mais il ne parle plus, son regard s’évade au-delà de l’horizon. Son grand frère reste jour et nuit près de lui, il a cassé son ordinateur. Il lui lit des albums d’aventures, mime les histoires, le gave de bonbons, le promène dans son fauteuil roulant. Il devient ses jambes, ses yeux, ses bras, il n’a plus de vie puisqu’il n’a pas su protéger celle du Petit. Et quand Petit-Pierre s’envolera, c’est lui qui se transformera en cygne pour l’emmener jusqu’au paradis.

Christine Ménard

  • Mise en perspective

« - Alice ! Nos invités sont là ! »
La dénommée Alice ne daigna pas lever les yeux de son téléphone, trop occupée à répondre au snap
de sa copine Michelle. Encore une fois, elle télésnobait sa mère, c’en était presque devenu un art
avec elle ! L’art d’effacer tout ce qui se passait autour d’elle pour se concentrer uniquement sur le
monde virtuel, son monde virtuel. Elle s’y sentait bien, mieux qu’entourée par sa mère et ses
remarques incessantes.
Elle consentit à lever les yeux une fois sa conversation terminée, et remarqua qu’une partie de sa
famille avait débarqué chez elle : sa tante Annie, son oncle John et leur petit garçon Léo qui, une
fois encore, s’était habillé en pirate.
« - On va héberger tout ce petit monde jusque dimanche !, lança joyeusement sa mère
- En quel honneur ? »
La remarque d’Alice laissa un malaise s’installer dans la pièce. Annie ne cessait de jeter des regards
à sa soeur, qui finalement repris la parole.
« Eh bien, dimanche on fête mon anniversaire...
- Ah ok. »
Ne voyant plus d’intérêt à cette conversation, Alice se replongea dans son téléphone et ne vit pas le
regard qu’échangèrent les deux femmes dans la pièce.
Sa mère leva les yeux au ciel et chassa la déception de son coeur. Après tout, les adolescents
n’étaient pas connus pour leurs démonstrations débordantes d’affection. Elle aida sa soeur à ranger
ses valises et le lit nomade du petit garçon. Ce dernier était couché dans l’herbe en train de regarder
passer les nuages... Dire qu’à une période pas si lointaine, elle passait avec Alice des heures à
décrire les nuages et à inventer des histoires. Mais depuis l’entrée au collège, c’était à une nouvelle
Alice qu’elle avait affaire : le nez dans son smartphone, fermée à toute conversation ou à toute
proposition venant d’elle. Elle savait que sa fille l’aimait, mais une petite démonstration de temps en
temps ne ferait de mal à personne, au contraire...
« J’vais chez Michelle, à plus !
- A demain ma chérie, je t’aime ! »
La porte claqua sur ces derniers mots. Avec un triste sourire aux lèvres, sa mère soupira et reprit sa
conversation là où elle l’avait laissée.
*
« Bon anniversaire Maman ! »
Alice avait passé une bonne partie du week-end chez son amie, mais elle daignait quand même à
revenir chez elle pour fêter l’anniversaire de sa mère. Seulement, la maison lui semblait étrangement
silencieuse pour un jour de fête... C’est vrai qu’il n’était que dix heures du matin, mais la jeune fille
était persuadée que sa mère et sa tante aurait déjà dû être aux fourneaux, et en plus personne ne lui
avait répondu ! Sa mère venait habituellement la saluer avec un câlin qu’Alice repoussait assez
rapidement.
Elle se dirigea vers la cuisine pour y trouver sa tante assise sur un des tabourets qui entouraient la
table, la tête entre les mains.
« Salut Tata ! Maman est partie faire les courses ? Et tonton ? »
Ce n’est qu’en regardant sa tante droit dans les yeux qu’elle vit son visage criblé de larmes et ses
yeux bouffis de chagrin.
« Alice... Ta mère est morte ce matin. Elle a voulu se lever comme à son habitude et puis...le
médecin a dit que c’était une rupture d’anévrisme... »
La jeune fille ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. Le monde devint noir et le dernier son
qu’elle entendit fut le bruit de son smartphone qui s’éclatait à terre. Puis elle hurla.

Alexandra Copin

Catégorie enfants :

  • S.D.F

C’est l’histoire d’un S.D.F
Qui n’a pas d’amis, mais bref !
Nous allons raconter l’histoire
Qu’il chante du matin au soir :
« Bonjour je suis un nomade
Voulez- vous bien m’héberger ?
Que vous soyez riche ou pirate
Cessez de me télésnober !
Je peux porter tous vos bagages,
Ne pensez pas que j’aie la rage,
Sortez-moi de cette grande cage, 
Je rêve d’habiter sur un nuage ! »
Il répétait ça jour et nuit
Songeait à sa vie de garçon
Il restait comme ça, sous la pluie,
Puis repartait sous les cartons.

Lohan N’guessan

  • Coup de foudre

Le nomade est hébergé par le pirate sur un nuage. Le portable les télésnobe tout seul. Il explose, l’hébergé est mort. Le pirate arrive, le mange, mais il est électrique : le pirate est mort aussi.

Hermine Saulnier